Le petit monde de balbc

le “avant” et le “après”! avant et après quoi? who cares… me contacter: ba_lb_c@yahoo.fr

Archive for the ‘Science’


On her way…


Une grosse grosse pensée pour ma Petite, cette jeune personne si sage et généreuse qui va chausser aujourd’hui ses converses bleues (moisies)  et se diriger d’un pas décidé vers l’antre de celui dont on ne doit pas parler (le labo quoi…) afin de sauver le monde (et de se goinfrer de crème brulée le vendredi…).

Welcome back Petite… .tu vas leur botter les fesses!

;)

Cas de conscience…

J’aime bien mon métier… après tout, j’ai travaillé dur et consenti à de nombreux sacrifices pour en arriver là (oui oui… parfaitement, exilée en Suisse au dessus d’un lac avec pour principaux amis mon lapin et mon ordinateur (enfin les gens dedans), c’est exactement ce que je voulais faire…ça ou polytechnicienne (ne riez pas, c’est ce que je mettais sur les petites fiches à l’école au collège…))

Faire de la recherche est une expérience unique et très romanesque…

D’une part parce qu’il faut bien avouer que c’est très stimulant intellectuellement et que ça offre une liberté que je ne pense jamais réussir à retrouver ailleurs, et d’autre part parce que c’est tout simplement passionnant de se dire que l’on s’aventure sur des terrains qui n’ont jamais été explorés, et que l’on participe parfois (avec de la chance) à faire avancer "la Connaissance" …et que ces toutes petites petites avancées peuvent éventuellement ouvrir de nouvelles perspectives thérapeutiques…

(ça c’est pour le côté "unique" de la chose… pour le côté "romanesque" se rapporter au chapitre, "je suis post-doc, mais pourquoi je ne cotise pas pour ma retraite et pourquoi je dois avoir 3 Nature et 5 Science pour pouvoir postuler à un poste payé 1700 euros que je n’aurais de toute façon pas???")

Si le côté passionnant de la chose n’est donc plus à démontrer…il y a quand même des moments oü je me pose des questions…. comme là tout de suite maintenant… comme quand par exemple je viens d’enfiler mon pygama en pilou-pilou déshabillé japonais, de faire délicatement valser du bout de mon orteil manucuré mes chaussons isotoner mules à pompons… comme quand je viens tout juste de glisser mon corps frissonnant dans la fraicheur de mes draps 100% coton Carré Blanc en soie sauvage et que j’éteins la lampe Ikea les centaines de bougies qui éclairaient jusqu’alors de leurs lueurs mordorées ma peau laiteuse et… euh … ouais bref… quand je me couche, que je laisse mon esprit vagabonder… et que je me rends compte que… MERDE!!! j’ai laissé mes plasmides à digérer dans l’incubateur!!! (ce qui ne vous dit pas grand chose mais n’est pas bon signe pour les-dits plasmides…)

A ce moment précis je mesure les limites de mon goût pour la Science… parce que me rhabiller, prendre mon sac, mon badge, un bus, un air intelligent et retourner au labo à minuit ben euh… comment dire… euh… non en fait.

Reste à espérer que ce n’était pas la manip du siècle…

:)

La cuillère de Monsieur Pasteur…


J’ai traîné pendant quelques années mes guêtres (j’avais envie d’écrire ma gaine mais j’ai eu peur que ça nuise à ma réputation déjà chancelante de fille über sexy…) dans la maison du Vieux Barbu… Et si j’en suis partie avec un joli diplôme et quelques très belles amies, j’en suis aussi partie avec une cuillère…enfin c’est ce que j’ai découvert en fouillant dans la housse de mon portable (non non ne cherchez pas…).

Je ne pensais pas avoir des tendances fétichistes (encore que j’ai déjà pensé à collectionner les fèves des galettes des rois…) mais force est de constater que cette cuillère est belle et bien là…. Et du coup, je ne peux m’empêcher de me dire qu’en plus de ma bouche et la crème brûlée de la cantine, cette cuillère a dû toucher les lèvres de prestigieux scientifiques prêts à sauver le monde, et ça, quelque part…et bah ça m’inspire et me motive et me transcende… (ça et la drogue que quelqu’un a vraisemblablement mis dans mon sac à dos à l’aéroport…)

Qui sait… Louis a peut-être mangé  un yaourt que Marie Curie lui avait préparéavec cette même cuillère! (oui je sais que ce n’est pas possible…).

Ça force le respect tout ça…

Je me demande si je peux en tirer quelque chose sur e-bay…

:)

Photo chatte poilue joli vagin…


Cher lecteur qui est venu ici en tapant cette requête google, je sens bien ta détresse et je sais qu’il est parfois difficile d’obtenir des réponses claires et éclairées à ses questionnements… mais tu es arrivé au bon endroit et en tant que biologiste, je ne vais pas te laisser dans cette ignorance qui te ronge…

Tu te demandes ce qu’est un vagin ? et bien c’est simple, c’est une des parties de l’appareil reproducteur féminin. Il relie la vulve (externe) au col de l’utérus et il mesure en moyenne 8 à 10 cm… Le vagin est l’organe via lequel la femme pratique la copulation mais c’est aussi le canal qui va permettre la mise au monde des bébés… oui je sais, c’est plus d’informations que tu n’avais osé en demander mais je ne veux pas te laisser dans l’expectative…

 Dire à une fille qu’elle a un joli vagin peut être relativement maladroit… je sens bien que tu veux être agréable et un peu original dans tes compliments mais commence plutôt par des choses un peu plus orthodoxes… je ne sais pas moi, parle lui de ses yeux magnifiques, de son humour renversant, de son habileté au mahjong, dis-lui que c’est elle et pas une autre et que tu es fier qu’elle soit ta compagne mais évite les références à ses organes génitaux internes… les filles ont parfois des susceptibilités que tu auras toujours du mal à saisir… fais-moi juste confiance.

Je vois que tu porte un intérêt particulier à la zoologie… et bien rassure-toi, le chat femelle possède aussi un vagin et cela n’est pas dépendant de la présence ou non de poils puisque les femelles de la race des chats sphinx possèdent elles aussi cet organe.

Je suis désolée, je n’ai pas trouvé de jolie photo de chats dans mes archives mais par contre j’ai des photos de lapins à ne plus savoir quoi en faire… au cas où tu te demanderais quelle partie anatomique figure sur cette photo, il s’agit des pattes (oui je sais, l’image est floue mais je l’aime quand même) et au cas où tu te le demanderais, le lapin femelle ( «lapine» tout attaché et pas « la pine » comme tu t’escrimes à l’écrire sur google) possède aussi un vagin. Et des poils.

J’espère avoir répondu à tes interrogations, sache, gentil lecteur, que je serai toujours là pour toi…. N’hésite surtout pas à revenir ici…

J’attends avec impatience ta prochaine requête google « Photo cougard velu joli prostate »…

La mort est mon métier… -part 3-

Ce qu’il y a de bien dans un déménagement [outre le plaisir de jeter un paquet de vieilleries, de se faire haïr par les voisins parce que “franchement, ça fait bien deux heures que vous êtes garés devant la porte du garage, vous êtes sans gêne!” “oui nous sommes désolés mais nous faisons attention à ne déranger personne et nous…” “OUI mais vous êtes sans gêne!” “d’accord…”, de faire des cartons, de nettoyer la moquette dans le noir et de manger un sandwich avec de la mâche dedans], c’est que l’on remet parfois la main sur des livres que l’on croyait perdus…comme celui dont est tiré l’extrait suivant “La sculpture du vivant” de Jean-Claude Ameisen…un livre de vulgarisation scientifique réellement fascinant (je vous ASSURE !!!)

Les premières heures, les premiers jours et les premières semaines de la vie se déroulent à l’abri des agressions extérieures, dans le sanctuaire apporté par le corps maternel… Pourtant, en l’absence de toute maladie et de tout accident surviennent “des évènements mystérieux”: dans cet univers en expansion, des pans entiers s’effondrent et disparaissent à mesure qu’ils se construisent. Ces épisodes de destructions cellulaires sont universels, ils surviennent dans tous les embryons d’une même espèce, aux mêmes endroits et en même temps.(…) Le premier rôle reconnu à la mort cellulaire fut celui d’un outil permettant à l’embryon d’élaborer sa forme en devenir, par un procédé d’élimination qui s’apparente à la sculpture.
La construction d’un embryon fait appel à la fois à des phénomènes d’ajout et de retrait, de remodelage et de taille. C’est la mort cellulaire qui, par vagues successives, sculpte nos bras et nos jambes à partir de leurs ébauches, à mesure qu’elles grandissent, de leur base vers leur extrémité. A l’intérieur de nos avant-bras, elle crée l’espace qui sépare nos os, le radius et le cubitus. Puis elle sculpte les extrémités de nos membres: notre main naît tout d’abord sous la forme d’une moufle, d’une palme, contenant cinq branches de cartilage qui se projettent à partir du poignet et préfigurent nos doigts. La mort fait alors brutalement disparaitre les tissus qui joignaient la portion supérieure de nos doigts et transforme la moufle en gant.
Ces modalités de sculpture ont donné naissance au cours de l’évolution à des variations subtiles. Ainsi, l’absence ou l’atténuation des phénomènes de mort cellulaire dans les tissus qui joignent les doigts aboutit, chez les oiseaux aquatiques ou les castors, à la formation de pattes palmées qui leurs permettent de nager, et chez les chauves-souris, à de larges et minces palmes qui leur permettent de voler (…).
Si la sculpture de la forme extérieure représentait la manifestation la plus évidente de la mort cellulaire, il allait progressivement apparaitre qu’elle n’en était pas la seule, ni la plus importante. A chaque étape du développement, la mort cellulaire sculpte aussi la forme intérieure de l’embryon. Quelques jours après la fécondation, au stade où nous ne sommes constitués que d’une petite boule d’environ une centaine de cellules (…), la mort fait brutalement disparaitre certaines cellules qui en occupaient le centre, créant soudain un espace vide à l’intérieur de la sphère. Cette cavité permet la migration, le voyage de la périphérie vers le centre, de cellules qui vont se transformer à distance de leurs voisines , donnant naissance à de nouvelles familles cellulaires, organisant dans l’espace l’architecture première du corps de l’embryon à venir. A l’intérieur, assemblés autour de la cavité centrale, sont les cellules qui donneront naissance à notre tube digestif, notre foie et nos poumons. La couche de cellules qui les entoure est l’ancêtre de nos muscles, de nos os, de nos cartilages, de nos vaisseaux sanguins, de notre coeur, de nos organes génitaux et urinaires. A la périphérie, sont les cellules dont naitront notre peau et l’ensemble de notre système nerveux - notre cerveau et nos nerfs.
Plus tard, au plus profond de l’embryon, la mort cellulaire construit les organes, creusant les conduits de notre tube digestif et ceux de notre coeur où circulera notre sang. La mort cellulaire permet le repliement des organes sur eux-mêmes, dans un espace soudain devenu disponible, et le déploiement des tissus qui enveloppent et protègent ces organes. Elle remodèle en permanence les os et les cartilages. Elle sculpte, à mesure qu’il grandit, la forme changeante de l’embryon.”

Jean-Claude Ameisen- La sculpture du vivant.

La mort est mon métier… -partie 2-

Cette note fait suite à celle-ci que j’avais publiée il y a quelque temps. Un petite note pour vous emmener là où je suis et là où je vais, pour tenter de vous faire ressentir un peu de la fascination que j’éprouve pour cette thématique de recherche qui est la mienne.
C’est un peu étrange, j’étudie la biologie, du grec bios (βιος) et logos (λογος), la science de la vie… Et pourtant ce qui retient toute mon attention c’est la mort, la mort qui est au coeur du vivant, le suicide cellulaire perpétuel et nécessaire dont notre organisme est le théâtre. Il y a plus de deux siècles, le médecin Xavier Bichat définissait la vie comme “l’ensemble des fonctions qui résistent à la mort”. Cependant, ces mots, cet antagonisme absolu, cette opposition radicale, ne traduisent aucunement l’ensemble des relations qu’entretiennent la vie et la mort.

A nouveau, je vous glisse un extrait de ce livre fascinant qu’a écrit Jean-Claude Ameisen.

Attention. C’est (un peu) long!

Parce que nous sommes, chacun, un microcosme, une nébuleuse vivante, un peuple hétérogène de dizaines de milliers de cellules, dont les interactions composent notre corps et engendrent notre esprit, toute interrogation sur notre vie et notre mort nous ramène à une interrogation sur la vie et la mort des cellules qui nous composent. On a longtemps pensé que la disparition de nos cellules - comme notre propre disparition, en tant qu’individu - ne pouvait résulter que d’accidents et de destructions, d’une incapacité fondamentale à résister à l’usure, au passage du temps et aux agressions permanentes de l’environnement.
Mais nous savons aujourd’hui que la réalité est de nature plus complexe. Une vision radicalement nouvelle de la mort s’est révélée, comme un mystère au coeur du vivant.
Aujourd’hui, nous savons que nos cellules possèdent le pouvoir, à tout moment de s’autodétruire en quelques heures. C’est à partir d’informations contenues dans leurs gènes -nos gènes- que nos cellules fabriquent en permence les “exécuteurs” capables de précipiter leur fin, et les “protecteurs” capables de les neutraliser. Et la survie de chacune de nos cellules dépend, jour après jour, de sa capacité à percevoir dans l’environnement de notre corps les signaux émis par d’autres cellules, qui, seuls, lui permettent de réprimer le déclenchement de son autodestruction.
Ces notions nouvelles ont commencé de transformer la notion même de vie. D’une manière troublante, contre-intuitive, paradoxale, un évènement perçu jusqu’ici comme positif -la vie- semble résulter de la négation d’un évènement négatif -l’autodestruction. Et un évènement perçu jusque là comme individuel, la vie, semble nécessiter la présence continuelle des autres -ne pouvoir être conçue que comme une aventure collective.
Pour chacune de nos cellules, vivre, c’est avoir réussi à empêcher, pour un temps, le suicide. nous sommes des sociétés cellulaires dont chacune des composantes vit “en sursis”, et dont chacune ne peut survivre seule. Le destin de nos cellules dépend en permanence de la qualité des liens provisoires qu’elle est capable de tisser avec son environnement. Et c’est sur cette interdépendance dépourvue d’alternative qu’est scellée notre existence et fondée notre pérennité.
Je crois qu’on ne travaille pas sur la mort cellulaire programmée comme on pourrait travailler sur autre chose. La nature étrange des relations entre la vie et la mort fait qu’il est parfois difficile de ne pas être influencé par les émotions, les métaphores, les références philosophiques (encore que j’en ai relativement peu) et culturelles dont nous sommes pétris. Et c’est ce qui fait tout l’intérêt de la chose.

La mort est mon métier… -partie 1-

Vous qui lisez ces lignes, sachez qu’une partie de vous est actuellement en train de mourir. Et, en même temps, à chaque seconde qui passe, sachez qu’une partie de vous est aussi en train de naître…de cet équilibre dépend votre survie.
Bien sûr, je ne parle pas ici de LA mort, je parle de la petite mort, de la mort d’une partie des cellules qui vous composent…C’est plutôt curieux de se dire que la mort est essentielle au fonctionnement normal et physiologique des organismes vivants, non?
Je ne sais pas si c’est l’automne qui est là ou cette semaine de la Toussaint qui se prête particulièrement au sujet mais j’ai eu envie de vous parler un peu de ce sur quoi je travaille, la mort cellulaire programmée.
Et comme Jean-Claude Ameisen en parle mieux que moi, je vous laisse lire…ou pas! :-)

(attention c’est très long!)


“Dès les premiers jours qui suivent notre conception -au moment même où débute notre existence- le suicide cellulaire joue un rôle essentiel dans notre corps en train de se construire, sculptant les métamorphoses de notre forme en devenir. Dans les dialogues qui s’établissent entre les différentes famlles de cellules en train de naître, le langage détermine la vie ou la mort. Dans les ébauches de notre cerveau et de notre système immunitaire, la mort cellulaire est partie intégrante d’un processus étrange d’apprentissage et d’auto-organisation dont l’aboutissement n’est pas la sculture d’une forme mais celle de notre mémoire et de notre identité.
Et, longtemps après notre naissance, durant toute notre existence, nos cellules continuent à produire, à partir des informations contenues dans nos gènes, les armes qui permettent à toutmoment de s’engager sur le chemin de l’autodestruction.Les royaumes du suicide cellulaire n’ont pas de frontières. Notre corps d’enfant puis d’adulte est pareil à un fleuve, sans cesse renouvelé. Le sentiment que nous avons de notre pérénnité correspond pour partie à une illusion.
Chaque jour, plusieurs dizaines de milliards de nos cellules s’autodétruisent, et sont remplacées par des cellules nouvelles. Nous sommes, à tout moment, pour partie en train de mourir et pour partie en train de renaître. Et les territoires qui -un temps- persistent en nous sont aussi fragiles que ceux qui dispasraissent et renaissent chaque jour.
C’est cette fragilité même, cette précarité, ce sursis permanent, qui est la source de notre puissance et de notre complexité, permettant, à chaque instant, à nos corps de se sculpter, de se reconstruire, de se recomposer et de s’adapter à un environnement perpétuellement changeant.Mais transparaît aussi, comme une image en miroir de notre complexité, une vulnérabilté nouvelle, jusque là insoupçonnée. A la splendeur du royaume du suicide cellulaire se surimpose une face sombre, cachée, qui nous menace. Cancers, sida, maladies neurodégénératives du cerveau, crises cardiaques, hépatites, accidents vasculaires cérébraux…la plupart de nos maladies se révèlent liées à des dérèglements du suicide cellulaire.”

La sculpture du vivant - Jean-Claude Ameisen