La conjuration des imbéciles…



La collection de livres de poches 10/18 vient de rééditer certains bouquins… et de les rééditer assez joliment, d’en faire de beaux objets avec de belles couvertures rigides, des illustrations originales… du coup, quand je suis allée à la FNAC samedi dernier, je n’ai pas pu m’empêcher de racheter ce livre-là. "La conjuration des imbéciles" de John Kennedy Toole.
Parce que ce livre là est un petit bijou d’humour noir, de cynisme mais aussi de grâce , que le héros est un intellectuel obèse un peu répugnant qui vit encore chez sa mère et livre " son combat solitaire contre tous et tout- Freud, les homosexuels, les hétérosexuels, les protestants et les divers excès de la société moderne" et s’obstine à "délivrer le monde des demi-mongoliens et dégénérés qui le peuplent"..
Bref, vous l’aurez compris, je ne suis vraiment pas douée pour parler des livres que j’aime… en général, je m’excite, j’essaie de raconter, d’intéresser et à la fin, frustrée, j’offre le livre… Pour m’entendre dire la plupart du temps, "haaaan! mais il est vraiment pas mal ce bouquin que tu m’as passé en fait!!!" "euh… oui!"

Sauf que là bien sûr, vous comprendrez que vous offrir le livre à chacun pour vous faire découvrir le génie de JK Toole… ahem… ça risque d’être un peu compliqué (pour moi).

Alors je vous mets plutôt un extrait de la toute première page et je vous invite fortement à aller mettre votre nez entre les pages de ce petit chef-d’oeuvre.

Une casquette de chasse verte enserrait le sommet du ballon charnu d’une tête. Les oreillettes vertes, pleines de grandes oreilles, de cheveux rebelles au ciseau et des fines soies qui croissaient à l’intérieur même desdites oreilles, saillaient de part et d’autre comme deux flèches indiquant simultanément deux directions opposées. Des lèvres pleines, boudeuses, s’avançaient sous la moustache noire et broussailleuse et, à leur commissure, s’enfonçaient en petits plis pleins de désapprobation et de miettes de chips. A l’ombre de la visière verte, les yeux dédaigneux d’Ignatius J. Reilly dardaient leur regard bleu et jaune sur les gens qui attendaient comme lui sous la pendule du grand magasin D.H. Holmes, scrutant la foule à la recherche des signes de son mauvais goût vestimentaire. Plusieurs tenues, remarqua Ignatus, étaient assez neuves et assez coûteuses pour être légitimement considérées comme des atteintes au bon goût et à la décence. La possession de tout objet neuf ou coûteux dénotait l’absence de théologie et de géométrie du possesseur, quand elle ne jetait pas tout simplement des doutes sur l’existence de son âme. Ignatius, quant à lui, était confortablement et intelligemment vêtu. La casquette de chasseur le protégeait des rhumes de cerveau. Son volumineux pantalon de tweed était fait pour durer et permettait une liberté de mouvement peu ordinaire. Ses plus et replis emprisonnaient des poches d’air chaud et croupi qui mettaient Ignatius à l’aise. Sa chemise de flanelle à carreaux rendait inutile le port d’une veste et le cache-nez protégeait ce que Reilly exposait de peau entre le col et les oreillettes. La tenue était acceptable au regard de tous les critères théologiques et géométriques, aussi abstrus fussent-ils, et dénotait une riche vie intérieure.

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Comments

  1. says

    >>> TheCélinette: ben, je comptais m’inscrire à un tournoi de rodéo en 2009 et je voulais me mettre dans l’ambiance (Yihaaaaaaaaa!)
    Mais maintenant que tu le pointes du doigt, je vais peut-être m’inscrire à un tournoi de mangeur de hot-dogs… c’est probablement moins risqué… (Yihaaaaaaaa quand même.)
    :)

  2. says

    Dommage qu’il n’ait pas écrit autant qu’on l’aurait voulu. Tu connais son destin, n’est-ce pas?

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